SALLE DE LECTURE

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 TEXTE

Le cidre

Dans les champs, les pommes mûrissaient, elles étaient ramassées par les femmes, et le jeudi par les enfants à genoux dans l'herbe humide. Ces beaux fruits jaunes et rouges étaient mis en tas dans "les plants" jusqu'au moment de la "pilaison" d'octobre à fin décembre. A ce moment là les pommes bien mûres étaient broyées dans le moulin actionné à la main par un solide gaillard quelques fois à deux. Le marc était étendu sur le pressoir "émoué" par couches "des lits" dix environ, séparées par des fétus de paille ou des roseaux "du rôt". On serrait la grosse vis et le cidre coloré et parfumé s'écoulait dans le baquet où on le puisait avec des brocs en bois pour remplir les tonneaux.

Le chant des sorcières (extrait Tome 2)

- Qu'as tu donc à te traîner ainsi ? Ne devrais-tu pas être auprès d'Algonde à cette heure pour lui porter à dîner ?

Se comprenant perdue, Francine éclata en sanglots.

- Elle m'a renvoyée, trouva-t-elle pourtant le courage de tenter.

Un pas et Marthe fut devant elle pour lui relever le menton d'une griffe et jauger de la marque de strangulation à son cou.

- Te renvoyer... Vraiment... Avec pareil traitement... Dans son état ? ironisa son souffle putride.

Francine se mit à claquer des dents, du froid que ce contact lui provoquait. De la terreur incontrôlable qui revenait.

- Elle est guerie. Sur pied. Je le jure, renifla-t-elle.

L'oeil de Marthe fouilla le sien.

- Que te reproche t'elle ?

Francine savait qu'il ne servirait à rien de mentir. Combien d'aveux cette sorcière leur avait-elle arrachés depuis que Sidonie s'était installée à la Bâtie.

- De l'avoir empoisonnée, chaque jour, pour la tenir à merci.

- De qui ?

- Messire Louis.

- Messire Louis. Tiens donc, commenta Marthe en s'écartant d'elle, une moue circonspecte aux lèvres.

- Puis-je aller ? pleurnicha Francine qui n'y croyait guère en vérité.

-Dis à Messire Louis que quels que soient ses desseins, il serait avisé de ne plus recommencer.

- C'est le message que j'allais lui porter... De la part de dame Algonde, osa Francine pour bien montrer qu'elle avait doublement entendu.

Marthe se mit de biais pour la laisser passer, avant de la rattraper par le col.

- N'est-ce pas plutôt vers ses appartements que tu devrais avancer ?

Francine baissa la tête.

- Si fait, si fait... Pardon... Cela m'a perturbée... J'y vais.

Elle fit demi-tour comme on monte au bûcher. Messire Louis ne lui pardonnerait pas, lui, d'avoir échoué, pas plus, elle le savait, qu'il ne prendrait pas le risque d'un témoin pour l'accuser. Dès que Marthe ne la verrait plus, songea-t-elle, elle bifurquerait à droite au bout du couloir pour gagner l'aile nord et de là, un autre escalier.

Avait-elle deviné ? Marthe se glissa dans son ombre.

- Je ne voudrais pas que tu t'égares encore, lui servit-elle cruellement.

Elles cheminèrent en silence, l'une après l'autre, dans ce long corridor qu'empruntaient de part en part les domestiques en livrée, les servantes, comme Francine jusque-là empressées, trop soucieuses de se fondre dans le décor pour remarquer quiconque. Francine ne trouva pas seulement sur son chemin un visage relevé, un regard amical pour la consoler. Elle s'arrêta devant la porte de messire Louis de Sassenage et laissa Marthe toquer de son poing refermé.

Pas une once de pitié en son regard. Finalement elle s'était trompée. Algonde n'était pas le diable, juste une louve, une mère prête à tout pour sauver son petit. Le diable ne l'aurait pas épargnée. Mais il était trop tard pour l'admettre comme alliée. (...) 

Mireille Calmel

 

L'âne Culotte

Cette estime qu'on lui témoignait et dont à part soi il faisait certainement ses délices, il était menacé de la perdre dès les premiers froids de décembre. Car alors cet âne parfait portait des pantalons. A vrai dire ces pantalons ne recouvraient que ses deux pattes antérieures. C'étaient de beaux pantalons de velours brun, côtelé, luisant, attaché au poitrail et au cou par des bretelles de cuir bien astiquées. L'échine et l'arrière-train recevaient la protection d'une couverture de laine et un bât sanglé avec soin fixait ce remarquable équipement.

Le malheur c'est qu'il attirait singulièrement l'attention et si, comme l'a affirmé le Sage, il arrive que l'attention soit déjà de l'amour, le plus souvent, à notre avis, elle n'est que la mère de la malice. A preuve que, la première fois que je rencontrai Culotte, je ne pus m'empêcher de rire tellement je le trouvai ridicule...

Mais tous, même Sucot, s'ils allaient jusqu'aux limites de la moquerie, s'en tenaient là. L'injure elle-même était rare, et Dieu sait si elle coûte peu ! Un je ne sais quoi de puissant et de tendre semblait veiller sur l'âne. Où qu'il allât, cette bienveillance occulte l'accompagnait.

Quand il eut disparu à l'angle d'un vieux mur, derrière le clos de la Chapelle, je fis comme les autres, je m'arrêtai. Mais, tandis que les autres rentraient bruyamment au village, moi, je fus retenu par le désir de voir où se dirigeait cet âne singulier qui circulait ainsi, seul, à travers la campagne.

Henri Bosco

 

Comment je suis devenu stupide 

 

Il avait toujours semblé à Antoine avoir l'âge des chiens. Quand il avait sept ans, il se senté usé comme un homme de quarante neuf ans ; à onze, il avait les désillusions d'un vieillard de soixante dix sept ans... Il avait passé la nuit à écrire. Dans un grand cahier d'écolier, après bien des tâtonnements, après des pages de brouillon, il avait enfin réussi à donner une forme à son manifeste. Avant cela, pendant des semaines il s'était exténué à trouver une échappatoire, à imaginer des faux-fuyants probants. Mais il avait fini par admettre la vérité : c'est son propre esprit qui était la cause de son malheur.

Cette nuit de juillet, Antoine avait donc noté les arguments qui devaient expliquer son renoncement à la pensée..."Je sais très bien que ce voyage dans la stupidité va se transformer en un hymne à l'intelligence. Ce sera ma petite odyssée personnelle, après bien des épreuves et des aventures dangereuses, je finirai par rejoindre Ithaque. Ce serait hypocrite de ne pas le dire, de ne pas dire que, dès le début de l'histoire, on sait que le héros va s'en tirer, qu'il va même se sentir grandi de tant d'épreuves. Un dénouement artificiellement construit pour paraître naturel proclamera une leçon du genre :

"c'est bien de penser, mais il faut profiter de la vie. "Quoi que nous disions, quoi que nous fassions, il y a toujours une morale qui broute dans le pré de la personnalité"

Martin Page

 

La maison aux 52 portes  

J'étais affreusement déçue d'avoir si peu appris. Décidément, la maison aux cinquante deux portes garderait ses secrets. Cinquante-deux... Y en avait-il vraiment cinquante deux ? Et si je vérifiais ? Je n'avais de toute façon rien à faire pour m'occuper. Je commençais mon enquête par le sous-sol, parce que c'était le plus simple : les portes étaient alignées au garde à vous de chaque côté d'un couloir central. Au moment où j'arrivais à la dernière porte des caves, j'aperçus par la fenêtre papa qui filait vers la voiture. L'eau giclait autour de lui. Il y en avait maintenant une vraie nappe qui noyait littéralement la propriété. Heureusement, la maison se trouvant en hauteur, nous ne  risquions pas l'inondation.

Papa courait, les épaules un peu voûtées pour se protéger de la pluie, et je me demandais soudain pourquoi on arrondissait ainsi le dos sous les intempéries. Pour se protéger le ventre ? Est-ce que seul le ventre était important ? Alors, on aurait finalement un côté pile et un côté face, et le côté pile - le dos -, on s'en ficherait ? Juste parce qu'on ne le voit pas ?A quoi ça sert, le dos  ? A s'appuyer, à s'allonger. Juste une armature, en somme. Le côté face assure notre survie. Respirer. Manger. Voir. Sentir. Echanger avec les autres en parlant, en souriant en grimaçant, en embrassant, en donnant des gifles ou des coups de pied... J'en étais là de mes cogitations lorsque je vis  mon père ressortir de la voiture et reprendre sa course vers la maison. Je remontai.

- Eh bien ! s'exclama t'il tout essoufflé en retirant son ciré. J'ai entendu la météo à la radio : il fait beau partout ! ...

- ça  veut dire que le soleil ne va pas tarder à se montrer, s'exclama maman plein d'espoir.

- Ma parole, on a un microclimat, ici ! ajouta papa. On se croirait en octobre.

En octobre ? Se pouvait-il que ce temps pourri soit... celui du 12 octobre 1916 ? Allons...

- Quest-ce que tu fais, Maïlys ?

- Euh... je compte les portes.

- Pour savoir s'il y en a bien cinquante-deux ? demanda mon père. Bonne idée ! ça ne mange pas de pain et ça occupe sainement.

- Tu ne les auras pas toutes, observa  maman. Parce que dehors...

-  Oh si, on les aura toutes ! décréta papa. Je remarquai qu'il avait dit "on", et se considérait donc comme partie prenante dans cette affaire. Il saisit de nouveau son ciré qui gouttait encore sur le carrelage et décréta : 

- Je vais compter celles de l'écurie, de la buanderie, du bûcher, de l'appentis...

Il sortit. Moi, mon carnet et mon crayon à la main, j'entrepris de vérifier le rez de chaussée.

- Sept ! lança mon père en faisant une réapparition tout aussi dégoulinante dans le hall.

Et tandis que j'ajoutais sept traits sur ma feuille, il annonça : 

- Maintenant, je vais voir le grenier et les chambres de bonnes.

Il me parraissait excité comme un gosse. Lui aussi, finalement, il aimait bien jouer au Mystère. 

  Evelyne Brisou Pellen

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Berçeuse de Noël

  

 

Comme autrefois,
Aux jours d'antan,
Vibre une voix
Au coeur du temps.

Endors-toi, mon enfant.

Au firmament
De cette nuit,
Un astre luit
Comme un diamant.

Endors-toi, en rêvant.

Cloches, sonnez
Comme un appel,
Cloches, sonnez,
Vive Noël !

Dors pourtant, mon enfant ...

Noël de joie
Mais pour certains
Le coeur bien froid
Et pas de pain.


Endors-toi, mon enfant.

Noël, Noël,
Les malheureux
N'ont rien pour eux
Qu'un bout de ciel.

Endors-toi, en rêvant.

Tout tremblotants
Et résignés,
Ils font semblant
Pour oublier.

Dors pourtant, mon enfant ...

Jacques Goudeaux

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TEXTE  

Il était une fois une petite sorcière d'un soir (un soir exceptionnel : Halloween !!!) qui avait décidé avec ses enfants d'amour de préparer un repas magique. Pour cela, elles allèrent chercher des provisions dans la fôret "des lutins des cimes". Cueillette de champignons hallucinogènes, de baies qui nous transforme en papillons des airs, et autres petites choses utiles à la préparation. Revenant par le chemin des lucioles, elles s'arrêtèrent un instant pour se reposer un peu, contemplèrent la lune arrondie et lumineuse, regardèrent les étoiles précieuses à nos yeux puisqu'elles nous font rêver encore et toujours. Le soir arriva,, le soir tant attendu. Rentrées, ayant préparé le somptueux dîner, la fête allait se dérouler jusqu'au petit matin.  

Melbeau Siteweb 

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TEXTE

Les enfants 

   

 Regardez : les enfants se sont assis en rond.
Leur mère est à côté, leur mère au jeune front
Qu'on prend pour une soeur aînée ;
Inquiète, au milieu de leurs jeux ingénus,
De sentir s'agiter leurs chiffres inconnus
Dans l'urne de la destinée.

Près d'elle naît leur rire et finissent leurs pleurs.
Et son coeur est si pur et si pareil aux leurs,
Et sa lumière est si choisie,
Qu'en passant à travers les rayons de ses jours,
La vie aux mille soins, laborieux et lourds,
Se transfigure en poésie !

Toujours elle les suit, veillant et regardant,
Soit que janvier rassemble au coin de l'âtre ardent
Leur joie aux plaisirs occupée,
Soit qu'un doux vent de mai, qui ride le ruisseau,
Remue au-dessus d'eux les feuilles, vert monceau
D'où tombe une ombre découpée.

Parfois, lorsque, passant près d'eux, un indigent
Contemple avec envie un beau hochet d'argent
Que sa faim dévorante admire,
La mère est là ; pour faire, au nom du Dieu vivant,
Du hochet une aumône, un ange de l'enfant,
Il ne lui faut qu'un doux sourire
!

Et moi qui, mère, enfants, les vois tous sous mes yeux,
Tandis qu'auprès de moi les petits sont joyeux
Comme des oiseaux sur les grèves,
Mon coeur gronde et bouillonne, et je sens lentement,
Couvercle soulevé par un flot écumant,
S'entr'ouvrir mon front plein de rêves.
 

Victor Hugo (Recueil les voix intérieurs)

 

 

Dernière mise à jour de cette page le 05/10/2009

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